Axe 1 — État, groupes sociaux et domination politique en Afrique subsaharienne
Cet axe s’intéresse aux dynamiques de construction de l’ordre politique en Afrique, en explorant les relations entre l’État, les groupes sociaux, les partis politiques et les citoyens. Il interroge les formes contemporaines de domination, les logiques bureaucratiques, les mobilisations collectives et les modalités de gouvernementalité qui traversent les sociétés africaines.
Trois dimensions structurent cet axe de recherche :
● Bureaucratisation et rationalisation du pouvoir
L’étude de la bureaucratie est abordée comme un mode d’organisation fondé sur la formalisation des règles, au-delà de l’État stricto sensu. Elle permet d’analyser les pratiques routinisées dans les administrations, les associations et les institutions locales, ainsi que les marges d’action créées par les acteurs dans des contextes souvent marqués par le néolibéralisme et la standardisation des normes.
● Mobilisations sociales et contestation
Cet axe explore les formes d’action collective – grèves, manifestations, actions numériques – en tant qu’expressions d’un agir politique. Il analyse les ressorts de la mobilisation dans des contextes démocratiques ou autoritaires, ainsi que les réponses étatiques face à ces revendications, entre dialogue, répression et cooptation.
● Biopolitique, gouvernementalité et contrôle social
Enfin, les recherches examinent les technologies de contrôle exercées sur les populations : dispositifs de surveillance, injonctions sanitaires, violences symboliques et physiques. En s’appuyant sur les concepts de biopolitique et de nécropolitique, l’axe interroge les formes contemporaines de gouvernement des corps, des vies et des subjectivités, ainsi que les résistances populaires face à ces dispositifs.
Axe 2 — Mémoires, identités et politiques d’affection en Afrique
Cet axe interroge la manière dont les mémoires historiques, les identités collectives et les affects structurent les dynamiques politiques contemporaines sur le continent africain. Il s’articule autour de trois dimensions complémentaires : les politiques de mémoire, la fabrique des identités plurielles, et le rôle des affects dans le champ socio-politique.
● Mémoires politiques et récits historiques
Les recherches portent sur les usages publics du passé, notamment colonial et postcolonial, et sur leur rôle dans la construction des identités collectives. À travers l’analyse des récits historiques, des commémorations, des oublis ou des appropriations stratégiques de la mémoire, il s’agit de comprendre comment les sociétés africaines produisent des références communes, alimentent des visions concurrentes du vivre-ensemble et forgent des appartenances politiques.
● Identités plurielles et subjectivations
Les dynamiques identitaires, qu’elles soient ethniques, nationales, de genre ou sexuelles, sont abordées dans leur historicité et leur complexité contemporaine. En prenant en compte les tensions liées à la démocratisation, aux mobilités et aux mutations sociales, les travaux explorent les processus de subjectivation individuelle et collective. L’axe ouvre également un espace critique sur les luttes féministes, les revendications LGBTQI+, les résistances au patriarcat et les discours sur l’« africanité » des identités.
● Affects et émotions en politique
Enfin, cet axe explore la dimension affective de l’action politique. Les émotions, loin d’être irrationnelles, sont saisies comme des constructions sociales dotées d’une puissance mobilisatrice. L’analyse porte sur la manière dont les affects façonnent les représentations, nourrissent les mobilisations collectives, et participent à la reproduction ou à la subversion des structures sociales. L’objectif est de penser les émotions comme des ressources politiques, mais aussi comme des formes de subjectivation agissantes dans l’espace public.
Axe 3 — Mondialisation, circulation et digitalisation
Cet axe explore les transformations contemporaines des sociétés africaines à l’aune de la mondialisation, des mobilités transnationales et de la révolution numérique. Il interroge les effets politiques, économiques et sociaux de ces mutations en les articulant autour de trois thématiques majeures : l’économie politique, les dynamiques migratoires et la digitalisation du continent.
● Économie politique africaine
Les recherches portent sur les trajectoires économiques de l’Afrique dans un contexte globalisé : inégalités sociales, informalité, urbanisation, dette, héritages coloniaux, mais aussi planification et politiques de développement. En mobilisant une approche critique de l’économie politique, les travaux questionnent les instruments de régulation économique, les logiques de quantification, ainsi que les relations entre savoir économique et pouvoir d’État, en lien avec les Objectifs de développement durable (ODD).
● Mobilités, circulations et recomposition des frontières
L’analyse des mobilités contemporaines aborde les migrations, les circulations régionales et globales, ainsi que les reconfigurations des frontières physiques et symboliques. À partir des concepts de frontiérisation, d’enclavement ou de mobilité différenciée, les travaux interrogent les nouvelles géographies de l’exclusion, les dispositifs de contrôle des corps en mouvement, et les conflits autour du « droit de circuler » dans un monde marqué par la compression des distances et la fragmentation des territoires.
● Dynamiques numériques et société digitale
La numérisation transforme en profondeur les institutions, les pratiques économiques et les sociabilités. Cet axe s’intéresse aux effets de la révolution digitale sur l’État, les entreprises, les mobilisations citoyennes et les subjectivations individuelles. Il explore les tensions entre innovation et contrôle : d’un côté, l’essor des start-up, des usages connectés et des espaces d’expression virtuelle ; de l’autre, la montée de dispositifs de surveillance et de contrôle algorithmique. Les recherches examinent comment ces dynamiques numériques reconfigurent les rapports sociaux et politiques, tout en redessinant les formes d’engagement et d’appartenance à l’ère du virtuel.
Axe 4 — Géopolitique de l’Afrique
Cet axe propose une lecture critique des dynamiques géopolitiques qui façonnent l’Afrique contemporaine, en articulant enjeux de puissance, conflits, sécurité et diplomatie. Il s’agit d’examiner les interactions entre les transformations internes du continent et les reconfigurations globales, à travers une approche multiscalaire et interdisciplinaire.
● Pouvoirs, conflits et reconfigurations géopolitiques
Les recherches analysent les tensions entre géopolitique externe (relations entre États, frontières, diplomatie) et géopolitique interne (conflits civils, luttes politiques, identités). Cette distinction, bien que poreuse, permet de mieux comprendre les rivalités de pouvoir qui traversent le continent, entre logiques globales et dynamiques locales. L’objectif est de saisir comment la puissance se matérialise dans l’espace, à travers les luttes pour le contrôle des territoires, des ressources et des populations.
● Sécurité et diplomatie africaines
Cet axe interroge le rôle croissant de la sécurité et de la diplomatie dans les stratégies étatiques. La géopolitique, en tant que lecture des rapports entre territoire et pouvoir, offre une clé de compréhension des enjeux de stabilité, des conflits transfrontaliers et des pratiques diplomatiques africaines. Elle permet de penser la puissance non seulement en termes militaires, mais aussi comme capacité à négocier, coopérer ou influencer dans un environnement international fragmenté.
● Géoéconomie et compétitions stratégiques
Enfin, les recherches portent sur la géoéconomie, entendue comme l’articulation entre puissance économique et projection géopolitique. Face à la mondialisation, à la montée en puissance d’acteurs non étatiques et à la redéfinition des pôles de croissance, l’Afrique devient un terrain stratégique de recomposition des hiérarchies économiques. Cet axe s’intéresse aux luttes pour le contrôle des ressources, des corridors commerciaux et des infrastructures critiques, ainsi qu’à l’émergence de régions économiques comme nouveaux acteurs de la compétition mondiale.
Axe 5 — Gestion des conflits et maintien de la paix en Afrique subsaharienne
Cet axe analyse les mutations contemporaines des conflits en Afrique subsaharienne et les réponses institutionnelles, régionales et internationales apportées pour en prévenir les effets, y mettre fin ou en gérer les conséquences. Il s’inscrit dans une réflexion critique sur les mécanismes de paix, leurs évolutions et leurs limites dans un contexte marqué par l’émergence de conflits internes, asymétriques et persistants.
● Maintien de la paix et transformation des interventions
Depuis les années 1990, l’Afrique est devenue un espace central des opérations de maintien de la paix onusiennes. Celles-ci ont évolué d’un modèle classique (observation, interposition, cessation des hostilités) à des mandats plus complexes, intégrant la prévention, la reconstruction post-conflit, le soutien à la démocratie et l’aide humanitaire. Malgré l’élargissement des objectifs et l’augmentation des moyens, les limites structurelles et politiques de ces interventions (absence de doctrine, manque de coordination, faible implication des États africains) ont poussé vers une africanisation des dispositifs. L’étude de cette évolution permet de mieux comprendre les enjeux géopolitiques et sécuritaires propres au continent.
● Résolution et prévention des conflits
Au-delà de l’action militaire, cet axe met l’accent sur les approches non coercitives de résolution des conflits : négociation, médiation, diplomatie préventive. Inspirée des travaux sur la paix positive, la recherche vise à analyser les mécanismes susceptibles de transformer durablement les causes structurelles des violences (inégalités, marginalisations, identités conflictuelles). Elle explore les conditions de sortie de crise et les stratégies de prévention permettant de désamorcer les tensions avant leur basculement en conflits ouverts.
Axe 6 — Afrique et intégration régionale
Cet axe explore les dynamiques d’intégration régionale sur le continent africain, en interrogeant les logiques institutionnelles, politiques et économiques qui façonnent les trajectoires régionales. Loin de se réduire à un simple projet économique, l’intégration régionale est analysée comme un processus politique en tension, marqué par des ambitions de coopération mais contraint par la fragilité des États, la diversité des intérêts nationaux et la complexité des rapports de pouvoir.
● Approches et dynamiques de l’intégration régionale
L’intégration régionale en Afrique est un champ de recherche en constante évolution. Elle peut être étudiée selon différentes approches : théorique, empirique, disciplinaire, comparative ou scalaire. Contrairement à une vision linéaire ou techniciste, ce processus est fluide, pluriel et inégalement territorialisé. Il articule régionalisme, régionalisation et mondialisation, et mobilise une multiplicité d’acteurs à différents niveaux. L’analyse se concentre sur la variabilité des formes d’intégration, sur leur portée concrète et sur les recompositions qu’elles impliquent dans les structures étatiques et interétatiques africaines.
● Bilatéralisme, multilatéralisme et souveraineté coopérative
Les processus d’intégration régionale reposent sur des agencements complexes entre bilatéralisme et multilatéralisme. Loin d’être opposés, ces deux modes d’action coexistent et se combinent, traduisant les stratégies diplomatiques des États africains, soucieux à la fois de renforcer la coopération et de préserver leur souveraineté. L’enjeu de recherche consiste à analyser ces configurations hybrides, les mécanismes qu’elles mobilisent et les compromis qu’elles impliquent, tout en mettant en lumière les effets politiques de ces choix sur la gouvernance régionale.
● Financement et soutenabilité de l’intégration
La réussite des projets d’intégration régionale dépend en grande partie de leur viabilité financière. Cet axe examine les enjeux liés au financement des politiques régionales, aux mécanismes de solidarité entre États, à la mobilisation des ressources internes et externes, et au rôle des institutions financières africaines. Les difficultés de financement expliquent souvent les blocages observés dans les étapes classiques de l’intégration (zone de libre-échange, union douanière, marché commun…). L’analyse porte aussi sur les réformes nécessaires pour garantir une intégration plus stable et inclusive.
Axe 7 — La construction de l’agenda politique : quels enjeux mobilisent l’action publique ?
Cet axe explore les mécanismes par lesquels certains enjeux accèdent à l’agenda politique au Cameroun, dans un contexte où la littérature en science politique et en sociologie de l’action publique demeure encore relativement silencieuse sur les processus de sélection des problèmes publics. Si les travaux se sont concentrés sur les institutions et les acteurs, peu ont analysé les conditions d’émergence et de légitimation des sujets considérés comme méritant une intervention de l’État. Or, comprendre la mise sur agenda constitue une clé d’entrée essentielle pour saisir les dynamiques de pouvoir, les médiations, et les controverses qui structurent l’espace politique camerounais. Cet axe invite à examiner les trajectoires d’émergence des problèmes publics, les configurations d’acteurs qui les portent, ainsi que les effets politiques induits par leur accession à l’agenda. Trois orientations sont proposées :
● Qui fait l’agenda ? Médias, opinion, groupes experts et fabrique des priorités publiques
Il s’agit d’analyser comment les différents acteurs — médias, opinion publique (réelle ou construite), groupes d’expertise, think tanks, etc. — contribuent à faire exister certains enjeux dans le débat public et à les transformer en objets d’intervention étatique. L’objectif est de territorialiser ces débats au Cameroun et d’en interroger les conditions spécifiques d’actualisation, à l’heure des réseaux sociaux numériques et de l’internationalisation des controverses.
● La mise sur agenda comme enjeu de luttes politiques
Ce volet se focalise sur les jeux de pouvoir sous-jacents à l’émergence de certaines problématiques dans l’espace public. Les polémiques, les ruptures discursives, ou les décalages entre préoccupations sociales et priorités gouvernementales seront abordés comme des moments propices à l’analyse de la politisation des problèmes. Les études de cas pourront porter sur des enjeux tels que l’insécurité routière, les catastrophes naturelles, l’exploitation minière ou forestière, ou encore les conflits sécuritaires.
● Agenda et changement politique : entre stabilité et bifurcation
En s’inspirant des travaux sur les « fenêtres d’opportunité » (Kingdon, 1984) et la théorie de l’« équilibre ponctué » (Baumgartner & Jones, 1993), cette entrée propose d’interroger les effets de l’inscription d’un problème à l’agenda sur les transformations (ou la reproduction) des politiques publiques. Quelles sont les conditions d’un changement substantiel ? Comment expliquer la longévité de certains silences institutionnels ou l’émergence rapide de certains sujets ? Les communications attendues pourront porter sur les liens entre dynamique d’agenda et changements institutionnels, normatifs ou programmatiques dans l’action publique camerounaise.
Axe 8 — Gouverner les risques en Afrique : dynamiques, perceptions et gouvernance
L’Afrique est régulièrement exposée à une multitude d’aléas naturels (sécheresse, inondations, glissements de terrain, éruptions volcaniques) ainsi qu’à des crises sanitaires récentes (choléra, Covid-19). Ces phénomènes sont désormais conceptualisés comme des risques, ouvrant la voie à leur prise en charge par des politiques publiques nationales et internationales. Cet axe thématique vise à analyser la structuration de ces politiques en Afrique, en mettant en perspective les perceptions des risques à différentes échelles d’action et les configurations historiques, géographiques et politiques qui les façonnent. Il s’agit également d’étudier la circulation des savoirs, des pratiques et des professionnels dans la gouvernance des risques. Les analyses proposées s’organisent autour des axes suivants :
● Configurations et transformations de la gouvernance des risques
Qui sont les acteurs impliqués dans la gouvernance des risques à l’échelle nationale ? Comment les structures institutionnelles évoluent-elles en fonction des différentes phases — préparation, gestion de crise, reconstruction, réhabilitation ? En quoi la gestion des risques transforme-t-elle les formes traditionnelles de gouvernement ? L’élargissement des compétences étatiques en la matière modifie-t-il la nature même de l’État africain et ses rapports avec les populations, conformément aux réflexions d’Ulrich Beck (2001) sur la société du risque ?
● Perceptions des risques et mise en œuvre des politiques
Comment les perceptions des risques diffèrent-elles selon les échelles territoriales et les zones d’intervention ? Quelles tensions ou contradictions émergent entre acteurs nationaux, régionaux et internationaux dans la définition et la mise en œuvre des politiques de gestion des risques en Afrique ?
● Gouvernants et gouvernés dans la dynamique du risque
Quels publics sont ciblés par ces politiques (référence à John Dewey, 2012) ? Comment ces dispositifs reconfigurent-ils les relations entre gouvernants et gouvernés ? À qui profitent-ils ? Par quels processus décisionnels ces politiques sont-elles élaborées ? Comment les groupes affectés négocient-ils leur application ? Quels instruments de gouvernance (selon P. Lascoumes, 2005) et quelles pratiques façonnent ces politiques ? Comment circulent les savoirs entre les acteurs et quels effets produisent ces échanges sur les modes traditionnels de gouvernance ?
● Experts et gouvernement dans la gestion des risques
Quel rôle jouent les scientifiques dans la gestion des risques ? Quelles problématiques spécifiques rencontrent-ils ? Comment la production scientifique s’adapte-t-elle aux différentes temporalités de crise, entre urgence et post-crise ?
Axe 9 – Analyser les politiques de sécurité au sein des Etats.
La sécurité a fait irruption dans l’agenda politique, ainsi que dans le débat académique au Cameroun à l’occasion des crises successives liées au conflit de Bakassi, la montée de Boko Haram et le mouvement social actuel dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Mais au-delà de ces questions saillantes, existent des problèmes permanents de sécurité liés notamment aux multiples délinquances. Sécurité intérieure pour l’État, sécurité pour les enfants dans les quartiers, sécurité publique pour lutter contre la petite criminalité, agences de sécurité pour surveiller les domiciles privés et bâtiments publics, etc. La sécurité est partout…et les insécurités aussi. Dans le pays, la sécurité tend ainsi à devenir un paradigme, une lunette pour lire le monde. Elle s’impose comme une norme à atteindre. Elle est ce que les individus et les communautés sont en droit d’exiger de l’État, ce que celui-ci est en droit de défendre même au prix de mesures exceptionnelles.
La sécurité et l’insécurité ne sauraient d’ailleurs être séparées. Dès lors que l’on aborde la sécurité comme une appréciation de la « réalité » et non comme une donnée objective, on ne peut faire l’économie des processus d’(in)sécurisation. C’est la perspective retenue dans cet axe thématique dans lequel on entend analyser les politiques de sécurité au Cameroun.
Penser la sécurité suppose ainsi de réfléchir aux discours et pratiques qui (in)sécurisent, à l’identification et l’objectivation de menaces, aux représentations sociales de ces « menaces» et aux peurs collectives. Cela implique aussi de prendre en considération les mesures prises pour endiguer les « menaces » ou au mieux, gérer les risques. Finalement, penser la sécurité aujourd’hui, c’est aussi interroger notre rapport au monde, ébranler un paradigme émergeant, questionner une certaine ontologie.
Trois angles sont privilégiés pour aborder ce thème.
● Penser la sécurité : les théories critiques pour étudier la sécurité
Il ne s’agit pas ici de rechercher une analyse exhaustive des approches critiques, mais plutôt de faire une analyse de la critique s’adressant à certains dispositifs de sécurité et de voir si cette critique est prédicable au Cameroun. Ce sera l’occasion de mieux envisager le concept de sécurité. Doit-on l’envisager au sens des internationalistes comme l’absence de menaces militaires et non militaires qui peuvent remettre en question les valeurs centrales d’une communauté ? Ou alors ne doit-on pas l’envisager dans la perspective de l’École de Copenhague qui nous invite à abandonner la vision étriquée de la sécurité offerte par les études de sécurité traditionnelles ? Ne doit-on pas, dès lors, prendre en compte les cinq domaines sécuritaires, le militaire, le politique, l’économique, le sociétal et l’environnemental ? Explicitement ou implicitement, ne devons-nous pas nous questionner à la fois sur le sens accordé à la sécurité dans chacun de ces champs ?
● Analyse des processus d'(in)sécurisation et espaces (in)sécurisés
Il s’agit surtout de scruter les dynamiques d’insécurisation différentes (policière avec le crime, le terrorisme; militaire avec la subversion de l’ordre national ; économique avec la crise, le chômage, etc.) et de faire une cartographie des territoires (in)sécurisés au Cameroun en mettant en avant les enjeux de la sécurité et des processus d’insécurisation, les acteurs, leurs référentiels et ressources.
● Dispositifs et instruments de l’action publique sécuritaire
On s’intéressera aux modalités d’énonciation de la sécurité, c’est-à-dire aux manières au travers desquelles se dit et s’écrit l’action publique sécuritaire au Cameroun. On questionnera ainsi les dispositifs et instruments de l’action publique sécuritaire en prenant en compte leurs caractéristiques sociales et techniques, en repérant les représentations et les significations dont ils sont porteurs et les types de rapports sociaux qu’ils promeuvent entre « la puissance publique » et « les destinataires ».
Axe 10 — La mise en politique de l’extractivisme : éclairages pluridisciplinaires
Le terme « extractivisme » s’impose progressivement dans les discours militants comme dans les recherches scientifiques. Encore peu mobilisé en science politique, il désigne un mode spécifique d’accumulation reposant sur l’extraction massive de ressources naturelles peu ou pas transformées, destinées à l’exportation (Bednik, 2015, 2016 ; Acosta, 2013 ; Svampa, 2011). Il concerne les minerais, le pétrole, les grands projets hydroélectriques, l’agriculture industrielle, les monocultures forestières ou encore la pêche intensive. L’extractivisme, moteur de la mégamachine productiviste, tend à ignorer ses impacts sociaux et écologiques, tant pour les populations que pour les écosystèmes.
Ce programme thématique propose d’examiner la mise en politique de l’extractivisme en Afrique centrale, à travers une approche interdisciplinaire croisant science politique, philosophie, sociologie, économie, droit, histoire, anthropologie et géographie. En se focalisant sur les conflits liés aux grands projets extractifs (Barka, 2019), il s’agit de penser ensemble les tensions entre impératifs de développement et exigences de durabilité, et d’interroger la pluralité des temporalités et des échelles d’action qui structurent ces dynamiques conflictuelles.
● Les ressources comme lieux, objets et supports de conflits
Les gisements miniers, les cours d’eau ou les forêts constituent à la fois des cadres d’affrontement et des objets de conflits. Les ressources sont investies symboliquement et politiquement, et servent d’ancrage à des luttes dont les enjeux dépassent parfois leur matérialité. La manière dont elles deviennent les emblèmes de causes collectives ou sont instrumentalisées dans des mobilisations diverses mérite d’être analysée, notamment en lien avec les dynamiques sociales, économiques, culturelles ou politiques portées par les acteurs concernés.
● Conflits de droits d’usage et recompositions du milieu social d’extraction
L’incertitude entourant les droits d’usage des ressources naturelles entraîne une multiplication de conflits d’exploitation, révélateurs d’intérêts divergents. Ces conflits opposent notamment les logiques privées aux objectifs d’intérêt général. On s’intéressera aux configurations d’acteurs impliqués — exploitants industriels, populations riveraines, experts, autorités, journalistes — et aux alliances qui structurent ces affrontements. Il s’agira de saisir les logiques d’opposition et de négociation autour des usages concurrents de l’espace extractif.
● Mise en scène et visibilité du conflit forestier
Les mobilisations liées aux conflits forestiers varient dans leur intensité et leur visibilité. Certaines prennent la forme de luttes spectaculaires relayées par les médias, tandis que d’autres s’expriment dans des pratiques plus discrètes, voire clandestines, qui interrogent l’ordre juridique ou promeuvent des formes alternatives de gestion. L’analyse pourra porter sur les formes de représentation du conflit dans l’espace public, qu’elles soient militantes, littéraires ou artistiques, ainsi que sur les modalités de circulation des récits qui leur donnent sens.
● Ce qu’extraire les ressources veut dire…
Les régulations récentes — nationales ou internationales — visent à renforcer la transparence sur la rente extractive et sa redistribution. Mais leurs effets dépassent les seuls enjeux macroéconomiques. Il convient d’interroger la manière dont la valeur ajoutée de l’extraction se diffuse (ou non) à différentes échelles, ses retombées sur les finances publiques, les services sociaux, l’environnement, ainsi que sur les conditions de vie des communautés locales. On analysera notamment : la complexité des régulations et les obstacles à leur mise en œuvre ; les mécanismes de transparence dans les relations entre opérateurs et États ; les effets directs et indirects des formes d’exploitation sur les autres secteurs économiques ; les conséquences environnementales et sociales des activités extractives ; les évolutions en matière de fiscalité minière ou forestière et les modalités de partage de la rente.